Voyage au coeur de la Procréation Médicalement Assistée

Au printemps 2007, on a diagnostiqué un cancer à mon bon ami. Un cancer pas grave mais un cancer quand même, des testicules en plus, qui nécessitait comme traitement une ablation suivi d’une chimiothérapie.

Je vous passe les détails mais une fois la rémission prononcée, nous sommes restés comme deux flans avec un spermogramme à zéro et une envie dévorante de deuxième enfant. Passé le premier temps d’abattement, nous avons décidé de ne pas nous contenter d’un enfant et de faire la nique à la maladie en faisant tout notre possible pour créer ce deuxième petit grâce au sperme congelé préalablement à l’orchidectomie (terme technique pour l’ablation). C’était parti pour la procréation médicalement assistée ou PMA.

J’ai d’abord vu ma gynécologue avec qui nous avons discuté insémination artificielle : on analyse le cycle et, le jour de l’ovulation, je vais chercher le sperme congelé avec un thermos (véridique) et grâce à une pipette (et comme on a déjà pu le voir sur des reportages à la ferme), le sperme est introduit dans l’utérus. Cette option a vite été abandonnée aux vue de la faible qualité du sperme recueilli (spermatozoïdes peu mobiles).

L’option qui s’offrait à nous ensuite était la Fécondation In Vitro (FIV) et la première étape a été de choisir un endroit où la faire : l’hôpital dans lequel était conservé le sperme congelé s’est imposé, afin de limiter les risques de perdre ou d’endommager le peu qu’on avait réussi à sauver. Premier appel en janvier, rendez vous pris en mars.

Dans notre malheur, nous avions une chance : celle de connaitre la cause de la stérilité, ce qui a grandement raccourci notre chemin de croix en PMA. En effet, la décision de recourir à la FIV ICSI a été prise peu de temps après par le staff.

(Petite parenthèse : il existe deux sortes de FIV, la FIV traditionnelle où on met en présence un ovule et un spermatozoïde en laissant faire la nature et la FIV ICSI à laquelle on a recours lorsque les chances de « fécondation naturelle » sont faibles. Le spermatozoïde est introduit à l’intérieur de l’ovule, multipliant les chances de voir un œuf se développer.)

Le parcours s’arrêtait là pour mon bon ami mais ne faisait que commencer pour moi. J’ai du alors faire une batterie d’analyse sanguine ainsi qu’un examen effroyable :  l’hystérosalpingographie, c’est-à-dire une radio des trompes et de l’utérus afin de déterminer si j’avais moi aussi des problèmes de stérilité. Le retour de ces examens était excellent et nous avons pu passer à la phase suivante.

Une ordonnance m’a été délivrée pour du Decapeptyl (hein ?) et du Gonal F (pardon ?). J’ai réussi à coincer une infirmière qui m’a expliqué que :

1-      le Decapeptyl bloquait l’ovulation. Je devrais faire 1 injection par jour jusqu’à mes prochaines règles.

2-      Que lorsque ces règles surviendraient, je devrais les rappeler pour avoir le feu vert pour commencer le Gonal F qui stimule l’ovulation.

3-      Que je devrais ensuite venir un jour sur deux à l’hôpital à 7h du matin pour faire une prise de sang puis une échographie pour surveiller la maturation des follicules.

4-      Que le médecin me dirait un matin, au terme d’une échographie, que tout était prêt et me donnerait ma dernière ordonnance pour l’Ovitrelle qui déclenche l’ovulation.

5-      Que 36h après cette injection, je serai hospitalisée pour la ponction ovarienne.

Ok, ok…

Je suis donc rentrée chez moi un peu sonnée par tant d’information et chargée par toutes ses boites. Pour les injections, deux solutions s’offraient à moi : soit trouver une infirmière qui pourrait venir me piquer tous les jours, soit me dégourdir et apprendre à le faire moi-même. Etant déjà maman d’une petite de 3 ans, travaillant 9h par jour avec en plus, des trajets en métro avec l’enfant sous le bras car nous venions de déménager, j’ai opté pour la deuxième solution et suis allée faire ma pleureuse chez mon pharmacien afin qu’il me fournisse en seringues, non incluses dans les boites de Decapeptyl.

Pendant 2 semaines, j’ai ainsi joué à Christiane F. en m’enfermant dans la salle de bain ou dans les toilettes de mon bureau pour me faire mes piqures. Au bout de ces deux premières semaines, mes règles sont arrivées et avec elle, mes visites tri-hebdomadaires à l’hopital. Pas question d’avoir le moral dans les chaussettes pour ces visites car on y fait la queue comme dans un cabinet de médecin en période de grippe : c’est blindé. Mais blindé de femmes tristes, désabusées, qui en sont parfois à leur quatrième protocole et qui commencent à envisager que cet enfant tant espéré ne viendra peut-être pas. On ne se parle pas, on reste le nez dans son livre, ce ne respire pas la joie de vivre…

En plus de ces visites pour contrôler le développement des follicules, je dois m’injecter un nouveau produit, le Gonal F. L’injection est plus facile, car il s’agit d’un stylo-injecteur du même type que ceux utilisés par les diabétiques.

Au bout de 8 jours, un samedi matin, avant la fête de l’école de ma fille, le médecin m’annonce que le soir même, à 21h, je serais prête pour l’injection d’Ovitrelle qui déclenchera l’ovulation 36h plus tard ! Je préviens mon employeur (qui, j’ai de la chance, s’est montré très compréhensif) car la ponction aura lieu le lundi matin et la réimplantation (si des œufs sont obtenus) le mercredi, je serai donc absente la semaine entière histoire de rester le plus possible au calme.

J’ai fais ma dernière piqure le samedi 14 juin 2008 à 21h précise. Le lundi matin, mon bon ami m’accompagné à l’hôpital où on m’a donné un xanax et une blouse bleue ouverte sur les fesses. L’anesthésie est générale même si la procédure ne dure pas plus de 15 minutes. Je me suis réveillée entourée de deux femmes que j’avais déjà vu dans les salles d’attentes sordides du petit matin et un médecin est passé nous donner notre score : nombre de follicules prélevés et nombre d’œufs envisagés pour une réimplantation. Le mien était de 10/2. Les femmes autour de moi avait des chiffres moins encourageant : moins de follicules prélevés et pas plus de 3 réimplantations afin d’éviter les grossesses multiples à risque. L’anesthésie générale ne fait pas bon ménage avec l’angoisse et je me suis ainsi fait verbalement malmener par ces femmes qui ne comprenaient pas pourquoi j’étais là alors que j’avais déjà un enfant à la maison. Lorsqu’on nous a enfin rendu à nos conjoints, j’avais extrêmement mal au ventre et le moral dans les chaussettes.

Le médecin nous avait donné le numéro du laboratoire au sein de l’hôpital dans lequel la FIV ICSI serait pratiquée avec pour consigne de les appeler le lendemain matin entre 9h et 11h pour savoir si la procédure avait fonctionné. Evidemment, je ne devais pas être la seule à essayer de les joindre et il se sera passé 2 heures d’angoisse avant d’avoir quelqu’un en ligne m’annonçant que j’étais l’heureuse mère de 4 œufs en développement. Rendez vous compte : 10 follicules prélevés et 4 œufs à l’arrivée, la moyenne n’était pas très élevée ! Un nouveau rendez vous fut pris pour la réimplantation le lendemain avec le médecin qui me suivait depuis le début et qui avait pratiqué la ponction.

Le lendemain matin, j’étais dans un fauteuil de gynéco antédiluvien, dans un bureau à peine plus grand que mes toilettes avec un moniteur d’éco sur le ventre afin de permettre au médecin de bien viser en transférant les 2 œufs. « Y’en a un très beau ! » m’a t’elle dit. Rédaction de 36 ordonnances pour du spasfon, de l’œstrogène en comprimés, des dosages hormonaux à faire à J+13 après le transfert et en cas de grossesse à J+15, J+17, J+21 et une écho au bout de 5 semaines et retour à la maison en taxi histoire de ne pas trop se secouer dans le métro.

On ne peut pas dire que ces 13 jours soient passés très vite, l’attente étant amplifiée par une surinterprétation de ma part de toutes les sensations les plus infimes : une crampe ici, une odeur désagréable là… sachant qu’en plus, je n’avais fait l’expérience d’AUCUN « symptômes » de grossesse lors de la première. Deux semaines de montagnes russes émotionnelles, avec en plus les effets secondaires associés à la prise d’œstrogène en cachet c’est-à-dire des vertiges et la sensation d’être bourrée dès le réveil. Super sympa.

Quand enfin est venu le tant attendu J+13, j’ai fait la prise de sang à 8h et récupéré les résultats à 17h. Des résultats positifs. Et malgré ce résultat, l’angoisse ne fit que décupler. En effet, le fait de faire des prises de sang tous les 2 jours m’a pratiquement rendu maboule : je passais mes journées sur internet à lire tout et n’importe quoi sur le taux de béta Hcg, sa façon d’augmenter, son rythme tout en continuant à guetter d’éventuels symptômes… Mais le taux continuait d’augmenter et les symptômes étaient toujours absents, j’avais du mal à me faire à l’idée que j’étais enfin enceinte.

La dernière partie du protocole FIV était l’échographie à 5 semaines que je pouvais faire chez un échographe de mon choix, tout en communicant les résultats à mon médecin afin de planifier, en cas d’échec, la suite des opérations. L’écho devait confirmer la grossesse, vérifier qu’elle n’était pas allée se loger dans une trompe et surtout… compter le nombre d’embryons… Ca aussi quelle angoisse ! La grossesse, on la souhaite tellement fort qu’on oublie que potentiellement, on aura 2 bébés au bout ! Et que quand on a déjà un enfant à la maison, c’est vraiment la transition de l’artisanat à l’industrie…

Pour finir, il n’y en avait qu’un, un beau, solide, avec un cœur qui bat très vite ! J’ai un moment ressenti une déception, l’impression de n’avoir pas fait mon devoir jusqu’au bout : on m’avait confié 2 œufs et je n’avais pas été capable de les faire vivre tous les 2. Mais j’ai aussi été très soulagée. Les rendez vous liés à la FIV étaient fini, plus de frénésie, de prise de sang à 7h du matin… quel vide soudainement… J’étais enceinte, comme n’importe quelle autre femme et un suivi traditionnel allait s’installer. Néanmoins, l’angoisse ne m’a pas quitté de la grossesse, j’ai en plus été bien servie avec le mauvais résultat au tri test ! L’angoisse de perdre ce bébé qui avait été compliqué à « fabriquer », me dire que je ne savais pas si j’aurais la force de refaire tout ca une seconde fois, tout en mesurant ma chance et la rapidité à laquelle on avait abouti à une grossesse. Le questionnement aussi autour du handicap : les spermatozoïdes endommagés par la maladie étaient t’’ils « fiables » d’un point de vue génétique ? Mon médecin a su trouver les mots pour me rassurer en me disant que le risque de défaillance génétique était le même pour les grossesses via PMA que pour les grossesses dites « naturelles ».

La petite est née le 17 mars 2009, 1 an après le premier rendez-vous à l’hopital, c’est une vraie chieuse et elle est en parfaire santé ! Quand je la regarde, je pense souvent à « ce très bel œuf » dont m’avais parlé mon médecin. J’ai encore 4 œufs au congélateur de l’hôpital, nous avons pour le moment choisi de les conserver. Un mot pour finir sur le corps médical qui a su faire preuve de tellement de douceur et d’humanité, dans un décor très 70 avec plafond qui dégringole.

Pour aller plus loin: http://www.procreationmedicale.fr/ http://www.fivfrance.com/

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